Culte de St Julien
De 1271 à 1453
De 1470 à 1789
La Révolution
De 1802 à 1953
Documents
Culte de St Julien
De Bellecombe
 
Le culte de St Julien de Brioude à Cuzorn

Comte Édouard de Dienne (1905)


Saint Julien de Brioude, le glorieux saint patron de la ville de Brioude, était honoré à Cuzorn depuis très longtemps. Il existait au XVIIIe siècle une confrérie de saint Julien de Brioude, et la fête de ce saint était célébrée par ses soins au milieu d’un grand concours de peuple, le 28 août de chaque année.

Or, il arriva qu’en 1723, l’abbé Lafaurie, curé de Cuzorn, la transféra de son autorité privé au 1er dimanche après le 28 août. Son intention ayant été connue de l’évêché par les protestations générales des pèlerins, l’évêque rendit une ordonnance maintenant le pèlerinage à sa date ordinaire. Malgré cela, le curé Lafaurie, soutenu par quelques confrères voisins et surtout par le père Adrien, gardien des Récollets de Montpazier, passa outre, se mit en révolte contre l’autorité épiscopale et, pour bien marquer sa désobéissance, chanta et fit chanter des messes de morts le 28 août 1723 alors que l’office du jour était double. L’abbé Pons, curé de Born, le père Adrien et plusieurs autres ecclésiastiques, le secondèrent dans sa révolte. Et comme, malgré le mauvais temps, il était venu beaucoup de monde à cause de la dévotion à saint Julien, il y eu nombre de communiants. Et ces prêtres, par une dérision punissable, donnèrent la communion avec des ornements noirs. “Vous sentez vous même, Monseigneur, le scandale que cela a fait", dit l’archiprêtre de Fumel chargé de faire l'enquête sur ce sujet.

Le 3 septembre de la même année, c’est-à-dire aussitôt que le fait fut connu à Agen, l’abbé Louis de Canesin, archiprêtre de Fumel, fut envoyé par l’évêque comme visiteur à Cuzorn. Non seulement le curé de Cuzorn n’assista pas à la visite, mais il la cabala parmi ses paroissiens pour les empêcher d’y assister. Et le père gardien de Montpazier ne s’y est point ménagé. Ce Récollet était “un homme hardi et entreprenant”. Le procès-verbal de la visite de l’église par l’archiprêtre est fort curieux. L’abbé de Canesin constate d’abord que le curé s’est dérobé et qu’il a dû sommer le sacristain de le conduire dans l’église et de lui exhiber les vases sacrés, les ornements, etc... Suivirent nombre de griefs contre l’abbé Lafaurie, qu’il laissait tomber en ruine les murs de son église et ceux du cimetière au milieu desquels l’archiprêtre avait vu des cochons qui paissaient, qu’il trafiquait des droits de bancs et de sépulture, qu’il détournait à son profit les aumônes des fidèles, qu’il avait détruit plusieurs tombes et tombaux, qu’il renvoyait les vicaires pour profiter de leur rétribution, etc...

A la suite d’autres plaintes, le curé fut déféré à la juridiction épiscopale le 21 octobre et, après de nouvelles et de consciencieuses enquêtes, il fut condamné en janvier 1724. L’abbé Lafaurie, dans sa défense, ne retint que l’accusation de profiter de la rétribution de ses vicaires. Ce qui semble indiquer qu’il avouait être coupable des autres faits qui lui étaient reprochés. Il ne dit d'ailleurs pas un mot dans sa défense du changement qu’il avait décidé au sujet de la fête de saint Julien, changement qui avait été la cause de toute la procédure que nous venons d’examiner.

cuzorn
21/03/02